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18/11/2019, webmasterRencontre avec Jean-Christophe Urbain/Les Innocents

  • Comme dans votre chanson Jodie, le besoin d’ailleurs, de fuite est très présent dans votre discographie. Notre monde n’est certes pas parfait mais elle vient d’où cette envie d’un autre Finistère ?

Le fait de s’isoler avec une guitare pour jouer c’est déjà un voyage en soi, c’est comme quand on écrit un bouquin. On se crée un refuge et on voyage en même temps. Vous ne pouvez pas imaginer ce qu’on voyage, ce qu’on rêve quand on compose… Et c’est très agréable, d’ailleurs on dit jouer, jouer de la musique. Tout est là. Quand on compose on aime aussi offrir la possibilité d’un voyage au public. Nous ne sommes pas des artistes engagés même si parfois, il peut y avoir des doubles sens… C’est comme quand on était jeunes et qu’on a commencé à écouter de la musique anglo-saxonne, le sens du texte n’était pas plus important que ça, c’est l’émotion de la chanson qui nous faisait voyager et nous transportait. C’est dans cet esprit que nous faisons de la chanson.

  • Aujourd’hui, qu’est-ce qui rend ce monde plus supportable, plus beau, qu’est-ce qui le « colore » en fait ?

C’est un sacré chantier ! Mais je dirais que c’est l’énergie. Plus jeune, je n’aurais pas eu ce mot là en bouche mais je me rends compte que lorsque l’on trouve de l’énergie, soit à la rencontre des gens, soit après une émotion vive, forte qu’elle soit triste ou gaie, peu importe. L’énergie que l’on peut trouver dans la vie est quelque chose d’incroyable, c’est un moteur pour les arts et pour vivre également. Tant qu’on a ça, c’est énorme. Il y a tant de choses qui sont imparfaites sur cette planète mais tant qu’on peut encore trouver la curiosité pour aller à la rencontre de l’autre, se nourrir de l’autre, c’est quand-même pas si mal que ça de vivre.

  • JC Urbain, vous êtes le compositeur du groupe et l’on reconnaît votre patte entre toutes qui donne ce son si particulier aux Innocents mais y-a-t-il des hommes (ou des femmes sait-on jamais) extraordinaires, qui vous ont influencé artistiquement ?

Oui, il y en a eu beaucoup. Quand j’ai commencé à m’intéresser à la musique, j’écoutais de la pop anglo-saxonne : les Beatles, Stevie Wonder et beaucoup d’autres mais j’étais plus impressionné par la chanson elle-même que la personne qui l’a faite. On écoute 4 mn de chanson qui vous font voyager comme on disait tout à l’heure et que vous allez garder, interpréter à souhait à votre sauce pour vous débarrasser d’un chagrin ou au contraire vous lover dedans si vous avez envie d’être triste un soir. Nina Simone aussi m’a toujours impressionné, c’est juste magnifique comme elle jouait du piano. Evidemment, c’est inspirant de telles personnalités mais quand on veut composer il faut savoir passer outre la personnalité de ceux qui vous ont impressionné car sinon on ne ferait rien. On se dit qu’on est peu de chose à côté de chansons universelles qui ont traversé les époques. Et puis, il y a aussi les gens de l’ombre qui ont fait qu’on est là aujourd’hui, je pense à ceux qui nous ont produits, ou aidés, les femmes qu’on a aimées, nos enfants, on est entourés de gens extraordinaires, ce qui est d’ailleurs, le thème de la chanson.

  • Vous avez enregistré votre nouvel album 6 1/2, au mythique studio ICP à Bruxelles, là même où vous aviez enregistré votre 1er album. La boucle est bouclée ?

Oui la boucle est bouclée mais elle l’est depuis un moment. On ne fait plus attention à ça en fait, à savoir si la boucle est bouclée ! Je suis revenu habiter il y a quelques années dans un quartier qui est celui de mon enfance, je n’ai pas peur de boucler les boucles ! Il y avait aussi l’envie de s’isoler sur cet album. Pour le précédent nous avions une pression assez importante. En plus, JP et moi habitons dans le même quartier, tous les matins lorsqu’on se retrouvait au café, on s’entendait dire « alors, vous en êtes où ? ça avance ? » et on s’est dit qu’on ne voulait pas revivre ça...  A titre personnel je n’avais pas envie de me retrouver dans un lieu isolé en pleine nature, je suis un citadin et j’aime pouvoir sortir le matin, aller prendre mon café quelque part ou le soir pour boire un verre.  Mais surtout on en avait gardé un excellent souvenir et c’était un peu un pèlerinage sentimental. En plus, on savait que ces studios allaient nous fournir, d’un point de vue technique tout ce dont on aurait besoin.

  • En parlant de pèlerinage, vous savez que Tarbes est située à côté de lourdes, si ça vous dit ?

(rires) oui, mais ça c’est autre chose…

  • Et sinon Tarbes, les Pyrénées, ça évoque quelque chose pour vous ?

Evidemment, ma grand-mère était béarnaise et elle vivait au Pays-Basque. J’ai longtemps fait des excursions dans la région et à Lourdes aussi. Je connais donc un peu le Sud-Ouest mais Tarbes non. Ce qui est très agréable lors des tournées c’est justement d’arriver dans une ville un peu comme un étranger, de la découvrir en une journée et de s’en faire une opinion puis de se dire « tiens, il faudra que je revienne avec mes enfants ».

  • Dans les textes des chansons des Innocents, lorsque vous évoquez (avec JP Nataf) les voyages, les ailleurs, il s’agit toujours de rivages, d’îles, de mer, jamais de montagne. Vous avez peur de l’altitude ?

En ce qui me concerne oui, je suis sujet au vertige. Je ne m’y sens pas dans mon élément. Pour les citadins que nous sommes, j’ai l’impression que la mer est plus facile à respirer, la montagne me semble quelque chose de plus complexe. Par ailleurs, pour nous parisiens, il est plus facile de se rendre à la mer.

Les Innocents seront en concert à La Gespe, jeudi 21 novembre à 21 h. Plus d'infos ici >>